Étude de cas

Télécommunications

Proximus

Deux chantiers de recherche UX chez Proximus en 2019 : la page Bizz Online, refondue à partir de vingt-cinq entretiens avec des indépendants, et la perception des prix, une piste que j'ai lancée moi-même.

UX Designer & Research · 2019

Résultat clé

+38 % de conversion sur la page Bizz Online refondue, mesurés par les analytics internes de Proximus.


01 Bizz Online

Un nom qui n'évoquait rien, un prix qui inquiétait.

Contexte

Bizz Online était l'offre de Proximus pour faire créer son site web par un expert : trois formules, S, M et L, de 15 à 70 € par mois, destinées aux indépendants et aux petites entreprises. Elle ne décollait pas. Le besoin, lui, était réel : en 2019, un indépendant sait qu'il lui faut une présence en ligne. Il fallait comprendre ce qui bloquait. J'ai porté l'initiative de bout en bout, de la recherche à la mise en ligne, et mené les entretiens en français.

Objectifs

  • Comprendre le besoin — ce qu'un indépendant attend d'un site web, et de celui qui le lui construit.
  • Comprendre le blocage — pourquoi l'offre ne convainquait pas : notoriété, compréhension du service, prix.
  • Refondre la page — une page qui répond aux questions avant de montrer un prix.
  • Vérifier — mesurer sur un second tour ce que la refonte avait réglé, et ce qui restait à faire.

Approche

  • Quinze entretiens en août 2019 — sept en français, huit en néerlandais, avec des indépendants équipés ou non d'un site, une heure chacun : des questions ouvertes sur leur rapport au web, puis la découverte de la page Bizz Online telle qu'elle était.
  • Lecture en quatre environnements — produit, service, support et web, pour séparer ce que la page pouvait régler de ce qui relevait de l'offre elle-même.
  • Refonte de la page — architecture de l'information, UX copy et wireframes mobile-first : la valeur et les étapes avant le prix, un prix détaillé (TVA, frais de démarrage, durée d'engagement), un vocabulaire expliqué. Puis le suivi de l'intégration avec l'équipe e-marketing.
  • Second tour en novembre 2019 — dix entretiens, cinq en français et cinq en néerlandais, sur la page refondue, pour éprouver quatre hypothèses : le processus est-il compris, choisit-on sa formule sans aide, veut-on la composer soi-même, la copy est-elle claire ?

Ce que les entretiens ont montré

  • « Bizz Online » n'évoque rien — onze participants sur quinze ne devinent pas qu'il s'agit de créer un site ; certains pensent à myProximus, un autre aux Pages d'Or.
  • Le prix inquiète faute de savoir ce qu'il couvre — douze sur quinze : que paie-t-on pour 15, 50 ou 70 € par mois, TVA comprise ou non, et pendant combien de temps ? Ils imaginaient un site à 1 000 ou 5 000 €, sans voir que 70 € par mois revenaient moins cher.
  • Ils veulent un humain, pas un numéro de dossier — dix sur quinze attendent un expert dédié, du conseil et de quoi devenir autonomes ; « coach digital » leur évoque une machine.
  • Le jargon bloque — « responsive », « nom de domaine », un « catalogue » pris pour un e-shop, et « copywriting » compris comme une protection contre le plagiat.
  • Le stepper cachait le processus — la plupart des participants ne voyaient pas les étapes de création, ou ne les lisaient pas.
« Copywriting, ça veut dire quoi ? On ne pourra pas copier mon site web ? »
Un participant, découvrant les options d'une formule.

Résultats

  • Page refondue et mise en ligne — la valeur et les étapes avant le prix ; TVA, frais de démarrage et durée d'engagement affichés.
  • +38 % de conversion — mesurés par les analytics internes de Proximus sur la page refondue.
  • Une transparence saluée — au second tour, l'engagement de deux ans est lu et apprécié, mais jugé trop long pour une petite structure.
  • Des recommandations au-delà du web — le nom, des formules figées, un contrat de deux ans : co-création avec des indépendants, design sprint et offre de coaching proposés aux équipes produit.
Reconstitution du parcours d'achat du pack Familus en octobre 2019, en trois écrans. Le tableau comparatif affiche 77,99 € par mois ; la page du pack n'affiche aucun prix ; son header sticky indique 69 € ; le récapitulatif affiche 69 € sans dire si la réduction web de 10 € est déjà déduite. Quatre repères numérotés marquent ces prix.

02 Price perception

Un même pack, quatre prix.

Contexte

En menant des entretiens pour d'autres projets Proximus, j'entendais revenir le même grief, projet après projet : Proximus est cher, et on ne sait jamais ce qu'on paiera vraiment. Alors que le NPS de l'opérateur stagnait, j'ai proposé d'en faire une piste de recherche à part entière, pour vérifier si la façon d'annoncer prix et promotions, en affichage comme sur le web, nourrissait cette méfiance. J'ai mené l'audit, le benchmark et les entretiens, puis rédigé les recommandations.

Objectifs

  • Mettre les hypothèses internes à l'épreuve — « nos promotions sont claires », « un prix en ,99 performe mieux », « c'est la promo qui fait changer d'opérateur ».
  • Mesurer l'effort demandé — combien de calculs faut-il pour connaître son prix final, et pour combien de temps ?
  • Se situer face au marché — comment VOO, Orange, Telenet, Scarlet et Free affichent leurs prix et leurs promotions.

Approche

  • Audit des parcours d'achat — quatre packs résidentiels (Tuttimus, Familus, Epic Combo, Minimus) et les pages PME. Sur Familus, un même pack affichait 77,99 € dans le tableau comparatif, aucun prix sur sa page, 69 € dans le header sticky, et laissait deviner 59 € au récapitulatif. Souvent, le prix changeait encore en ouvrant le détail de l'offre : il s'adaptait au profil, ou une règle que rien n'expliquait venait s'y greffer.
  • Grilles d'analyse — critères ergonomiques de Bastien & Scapin (guidage, homogénéité, contrôle explicite) et heuristiques de Nielsen, complétés par des lectures sur la psychologie des nombres et des prix.
  • Benchmark de cinq opérateurs — VOO, Orange, Telenet, Scarlet et Free, comparés sur le prix net, l'économie chiffrée, les prix ronds et la durée de promotion affichée.
  • Huit entretiens bilingues — quatre en français, quatre en néerlandais, auprès de clients de la concurrence, menés en binôme (l'un conduit, l'autre note), puis un unpacking collectif au mur.
  • Recommandations argumentées — chaque principe d'affichage adossé à une source : prix réduit à droite du prix barré, économie totale chiffrée, prix ronds, un seul mot pour une même promotion.

Ce que les entretiens ont montré

  • « C'est un piège » — petits caractères et conditions introuvables font lire toute promotion comme une arnaque.
  • Personne ne sait ce qu'il paiera après la promo — la réduction web est-elle déjà déduite ? Et au quatrième mois ? Un prix qui change entre la page et son détail achève d'installer le doute.
  • 10 € pendant trois mois ne font bouger personne — pour changer d'opérateur, les participants citaient des avantages de 70 à 150 €.
  • Les mots comptent — « All in » laisse entendre l'illimité ; « webdeal » n'évoque rien, les participants parlent de « promo web ».
  • Changer d'opérateur se mûrit — deux à trois semaines de réflexion, davantage pour une famille.
« Je ne sais pas, je vais descendre dans la page… »
Un participant, à qui l'on demandait combien il paierait les trois prochains mois.

Résultats

  • Hypothèses tranchées — six constats validés ; « nos promotions sont claires » ne tenait pas face aux utilisateurs.
  • « Webdeal » abandonné — le terme quitte la copy dès la promotion suivante.
  • Principes d'affichage des prix — transmis aux équipes qui refondaient les pages produit : un prix net, identique à chaque étape, avec sa durée.
  • Deuxième vague de recherche — seize entretiens en décembre 2019, huit clients Proximus et huit clients partis à la concurrence, pour valider les points restants.